CHRISTINE MÉTÉNIER

MAISON LEVANTINE

QUELLES SONT LES RAISONS QUI T'ONT POUSSÉ À DÉMARRER TON ENTREPRISE ?

J’ai toujours voulu un jour créer mon entreprise. Je ne savais pas dans quel domaine, mais je savais qu’un jour je le ferai. Il y a 3 ans, une idée a commencé à prendre forme. J’étais salariée dans un milieu très corporate qui me pesait de plus en plus chaque jour. Un contexte avec trop de gestion d’ego et de politique dans lequel je ne me reconnaissais pas. Je sentais que c’était le bon moment, de créer mon propre projet, retrouver un cadre de travail en accord avec mes valeurs et retrouver du plaisir et de l’humanité. 

PARLE-NOUS DE TON ENTREPRISE :

J’ai créé Maison Levantine, une marque d’objets de décoration pour la maison fabriqués en Turquie. De par mes origines, j’ai un lien très fort et sentimental avec la Turquie, je voulais que cela fasse partie de mon projet.  Je voulais également retrouver de l’authenticité en mettant en avant le savoir-faire et les matières premières propres à la Turquie et qui sont encore de belle qualité (cuivre, coton, céramique, etc.).

Enfin, je voulais intégrer cela dans un intérieur moderne, que chaque produit soit fait de façon traditionnelle, mais ne soit pas une caricature orientale. Mixer l’orient et l’occident comme je l’ai toujours vécu chez moi.

Après des recherches et échanges via internet, j’ai été à la rencontre de chaque artisan et chaque atelier pour faire connaissance, toucher les produits, les tester. Je voulais valider que la qualité répondait à mon niveau d’exigence. Ça a été l’occasion de superbes rencontres, principalement des femmes, et la découverte de merveilleux objets. 


La possibilité de créer avec certains artisans est un vrai must pour moi dans ce projet. Je me découvre des talents créatifs que je n’avais jusque-là pas exploités. La création d’une première collection cohérente avec presque 10 fournisseurs différents a été un challenge, mais les premiers retours clients m’ont grandement rassuré sur l’harmonie globale entre les produits et la modernité. Une de mes grandes fiertés, c’est lorsque les gens sont étonnés en apprenant que tout est fait en Turquie, cela ne se voit pas au premier coup d’oeil.  


J’ai lancé ma boutique en ligne le 3 juin 2018. Associé à la boutique, j’ai un compte Instagram où je communique sur les produits, mes voyages en Turquie, les nouveautés, etc.

QUELLES ONT ÉTÉ LES PREMIÈRES ÉTAPES POUR FAIRE DÉCOLLER TON ACTIVITÉ ?

Je ne sais pas si j’ai déjà décollé, mais dans mes premières étapes, et dans les choses qui me tenaient à cœur, il y a eu le choix du nom de la marque et de l’univers qui l’entourait. De l’identité visuelle à la mise en scène des produits, j’ai sélectionné des personnes avec qui travailler qui étaient de vrai coup de cœur et je ne regrette pas du tout. Elles ont compris mon univers et l’ont retranscrit encore mieux que j’aurais pu espérer.


Mon canal de distribution étant une boutique en ligne, les photos étaient un élément très important. Je ne voulais pas de photo avec un fond blanc, mais des photos lifestyle, avec une mise en situation. C’était une complexité supplémentaire, mais j’y tenais, c’est ce qui pour moi allait créer mon univers. 


La création du logo et le 1er shooting photo ont été des moments forts, des étapes qui concrétisaient le projet. C’était le moment où les pièces du puzzle s’assemblaient pour créer une belle harmonie alors que la boutique n’était même pas encore lancée.

QUEL A ÉTÉ LE MOYEN LE PLUS EFFICACE POUR ATTIRER DES CLIENTS AU DÉBUT DE TON ACTIVITÉ ET QUELLES SONT TES ASTUCES POUR CONSTAMMENT EN ACQUÉRIR DE NOUVEAUX ? 

Le point faible de la vente en ligne, est de ne pas pouvoir toucher le produit. Ne pas pouvoir se rendre compte de la légèreté d’une céramique, de la douceur d’un plaid. Même la plus jolie photo ne permet pas de s’en rendre compte complètement. Le concept de boutique éphémère m’a de suite plu pour aller à la rencontre des clients en real life sans avoir à investir dans une location à l’année. 


Ces ventes ont été de superbes moments d’échanges, de belles occasions de raconter l’histoire des produits et surtout de montrer la qualité. D’ailleurs, un geste que j’ai très souvent en pop-up store est de mettre un plat dans la main des personnes qui passent sur mon stand, parce que beaucoup n’osent pas toucher et leur surprise en constatant la légèreté des plats me ravit à chaque fois.


Enfin, les collaborations sur divers projets sont un bon moyen de gagner en notoriété et de trouver de nouveaux clients. Il peut s’agir de prêt de produit pour un shooting photo, et très bientôt des produits collab, mais chut, c’est une surprise...

QUELS ONT ÉTÉ TES PLUS GROS CHALLENGES À CE JOUR ?

Cette première année avait pour but d’apprendre et de tester chaque étape du projet. L’un de mes plus gros challenges a été de caler la logistique (exporter, transporter, importer, régler les blocages à la douane, les pertes de colis par le transporteur à Noël, etc). Certaines pièces sont fragiles, tous les fournisseurs ne savent pas faire d’exportation, les délais de fabrication lorsque tout est fait main peuvent être longs, prendre du retard. Mais après avoir essayé différents moyens, tout cela est maintenant calé et le retour d’expérience évitera quelques erreurs de débutant comme importer en décembre : plus jamais !


La création d’un stand pour les ventes éphémères a aussi été un beau challenge. Entre mes idées parfois un peu folles et ce qui est réalisable et transportable, il y a parfois des écarts, mais au final, j’ai eu les bons réflexes à savoir : avoir un stand en 3D (il faut de la hauteur, optimiser chaque espace, etc.) qui a eu son petit effet, beaucoup ont cru que je faisais ça depuis longtemps. 


L’autre challenge a été de me retrouver seule. J’ai toujours travaillé avec mes équipes, mon client, avec un groupe de personnes. Se retrouver seule derrière un ordinateur n’est pas tous les jours évident.

COMMENT AS-TU SURMONTÉ CES DÉFIS ?

Mon passé professionnel m’a grandement permis d’être efficace, optimisée et autonome. Je suis formatée pour créer des solutions qui n’existent pas, à faire entrer des carrés dans des ronds et l’optimisation est un réflexe. 
L’anticipation étant un de mes points forts (je suis capable de prévoir les 50 scenarii possible et imaginable au cas où), j’ai dû apprendre à prendre du recul, cela a été mon mot d’ordre au lancement de ce projet. L’idée n’était pas de me retrouver dans un stress constant, mais de trouver du plaisir à ce projet. Et si on anticipe trop, on peut difficilement se lancer dans l’entrepreneuriat.


Concernant l’aspect social, mon mari, qui me soutient à fond sur ce projet et qui est presque comme mon associé, m’a donné le challenge de rencontrer au moins une personne chaque semaine. Au début, ce n’était pas évident et puis petit à petit, et en me forçant un peu, car je suis de nature timide et réservée, j’ai fait de superbes rencontres.  Ma découverte de EntreprenHer a aussi été une bulle d’énergie et de motivation. En plus des talks hyper inspirants qui y sont organisés, j’y ai fait de belles rencontres qui donnent lieu à de beaux partenariats.


Enfin, j’ai découvert les podcasts d’entrepreneurs et j’y suis accro. Ça motive les jours où on l’est moins et inspire énormément !

Ouvrez-vous au maximum à d’autres. Ne vous isolez pas dans votre projet.

QU'EST-CE QUI TE PLAÎT DANS LE FAIT D'ÊTRE TON PROPRE PATRON ?

Tout ! La liberté que cela procure de savoir que je n’ai de compte à rendre qu’à moi-même, que je peux faire les choses comme bon me semble, avec mes valeurs et ma personnalité et que ça marche !


Mais surtout, les retours que me font mes clients via un commentaire Instagram ou un mot lors des ventes physiques sont d’une satisfaction énorme et si encourageant. C’est quelque chose qui me manquait dans mon ancien métier où le retour client est toujours sur le négatif et si rare sur le positif. En quelques mois, j’ai eu beaucoup plus de félicitations, de remarques adorables sur mes produits, sur l’univers de la marque qu’en 15 ans dans le monde du conseil. Et ça fait un bien fou d’avoir cette reconnaissance pour son travail.

QUELS CONSEILS DONNERAIS-TU À D'AUTRES FEMMES ENTREPRENEURS ?

Ouvrez-vous au maximum à d’autres. Ne vous isolez pas dans votre projet. À chaque rencontre, j’apprends quelque chose, parfois un tips parfois une façon de voir les choses, parfois une opportunité business. J’espère aussi pouvoir partager mon expérience pendant ces rencontres également, c’est ce qui fait la richesse de l’entrepreneuriat.


COMMENT GARDES-TU TA MOTIVATION PENDANT LES MOMENTS DIFFICILES ?

J’ai un mari formidable qui est à fond et s’investit avec moi dans ce projet. La question d’avoir un associé est beaucoup posée quand on parle d’entrepreneuriat, notamment pour avoir un soutien dans les moments difficiles. Moi, je n’ai pas d’associé au sens contractuel du terme, mais mon mari est un vrai soutien tant moralement que physiquement. Quand il faut installer un stand pour un pop up, relire mes textes Instagram, il est toujours là et ce soutien est indispensable. 

QUELLES SONT LES CLÉS DE LA RÉUSSITE SELON TOI ?

C’est une bonne question, je ne sais pas s’il y a des clés, mais je repense à un cas qui m’a convaincu de me lancer et qui fait probablement partie des clefs de la réussite. J’ai eu l’occasion de suivre une mini-formation sur le Lean Start-up. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un principe qui veut que pour se lancer, il faut faire rapidement et à moindres frais un proto et le tester sur les clients. C’est leur retour qui permettra de valider ou d’adapter le proto et ainsi d’itérer autant de fois qu’il sera nécessaire. Bon nombre de projets ont le succès qu’on leur connaît aujourd’hui, car ils ont su réorienter leur projet initial en analysant le besoin et comportement client, c’est par exemple toute l’histoire d’Instagram. Être à l’écoute des clients, savoir s’adapter à leurs besoins/envies est primordial. Leur satisfaction est indispensable. 

Quand un gros imprévu arrive…


je vais d’abord extérioriser mon agacement et assez rapidement me poser pour y trouver une solution. Parfois, il y aura une solution pour le gérer et parfois, il faut juste accepter qu’on n’y peut rien et faire avec (poke Sophie de @theotherartofliving).
 
Ma plus grosse peur en tant que businesswoman est…


d’avoir des clients déçus.
 
La chose la plus courageuse que j’ai faite est…


d’avoir quitté mon emploi pour m’investir à 100% dans Maison Levantine.
 
À 50 ans, si je pouvais revenir à l’époque de mes 20 ans, je me dirais…


 soit plus bienveillante avec toi-même (mais je sais que je ne m’écouterai pas)
 
La plus grosse leçon que j’ai apprise grâce à l’entrepreneuriat est…


de prendre du recul, on ne peut pas toujours résoudre les choses comme on le voudrait.

Mon dicton préféré est…

celle que j’ai mise sur mon compte Instagram en ce début d’année : If you can dream it, you can do it !

x Christine x

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